Vanité de l’argent!

Publié dans le n° 1004 de l’hebdomadaire Marianne le 1° juillet 2016

Dans son dernier ouvrage au titre délibérément provocateur, La sagesse de l’argent, Pascal Bruckner entend non seulement dénoncer la défiance prononcée des Français à l’égard de l’argent mais réhabiliter les valeurs bourgeoises de la passion et de l’intérêt. Or, s’il faut lui savoir gré de mettre en évidence les outrances d’une indéniable et récurrente diabolisation de l’argent, force est de constater que la perspective de notre auteur demeure partielle. Car enfin, et s’il faut bien reconnaître que les hommes ne sont jamais aussi entreprenants et efficaces que lorsqu’ils poursuivent de façon réfléchie leur intérêt propre, l’égoïsme et le profit, qui définissent la logique du marché, ne menacent-ils pas profondément la société? En un mot comme en cent, et en admettant que la main invisible d’Adam Smith puisse contribuer à l’harmonisation des intérêts privés, n’est-il pas aujourd’hui plus que jamais nécessaire de rappeler pourquoi le marché ne peut en aucun cas fonder la société?

Or, ici, il convient de revenir à Luther que Jaurès tenait pour le véritable fondateur du socialisme et auquel il consacra le premier chapitre des Origines du socialisme allemand , sa thèse complémentaire latine dans laquelle il explique, non seulement en quoi Kant, Fichte et Marx sont les forgerons du socialisme, mais en quoi ils le doivent à leur attachement à la métaphysique luthérienne dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle ne tient pas l’argent en odeur de sainteté…
Scandalisé par le commerce des Indulgences qui virent le clergé catholique “vendre des terrains au Paradis” contre de l’argent sonnant et trébuchant, le Moine de Wittenberg s’étonne que des chrétiens puissent croire qu’on ait la capacité et le droit de faire commerce des âmes et d’acheter son salut. Car enfin, comment un tel commerce ne ferait-il pas l’avantage des puissants et des possédants? La position luthérienne est donc claire. L’argent aliène l’homme et déshumanise le monde, introduisant par le commerce une inégalité touchant les conditions d’accès au salut. Mais là n’est pas, ici, la seule raison pour laquelle, si le socialisme est bien “une révolution morale servie par une révolution matérielle” , il trouve son origine profonde dans la pensée de Luther.
Bien avant Fichte, le père de la Réforme protestante considère que la communauté est ce qui scelle la destination de l’homme, autrement dit qu’on ne peut être libre qu’avec autrui. Et il est tout autant convaincu que sans la liberté la communauté serait une eau morte et nauséabonde. Or, vivre ensemble sans que les uns soient dominés ou aliénés par les autres, être libre jusque dans la communication que l’on entretient avec autrui au sein de la communauté, n’est-ce pas tout simplement faire société? Mais qui ne voit alors que cette dernière exclut forcément la concupiscence et qu’il n’y a de société authentique que là où la seule monnaie qui vaille est celle de la charité? Car enfin, comment pourrais-je accéder à la liberté sinon en m’élevant, par la charité précisément, au-dessus de moi? Et comment ne pas voir, in fine, que c’est bien à la seule condition de se libérer de soi-même qu’on peut faire société avec autrui?

De là, bien sûr, l’acuité du problème politique mais aussi anthropologique. Car Luther ne croit guère en la bonté naturelle des hommes. C’est donc une révolution intérieure, possible seulement au prix d’une lutte sans merci, qui pourra venir à bout de la pâte grise et froide dont est pétri, pour parler comme Kant, “l’animal qui a besoin d’un maître” . Le mal radical possède ainsi un premier visage, celui de la courbure qui tord l’homme vers lui-même, celui de l’égoïsme, ce dernier permettant aussi de comprendre pourquoi, chez Luther, la communauté est ce hors de quoi l’homme ne peut gagner son salut. Parce que l’offense faite à autrui me sépare de lui, la communauté n’est possible que si autrui pardonne ceux qui l’offensent. Le pardon est donc le mouvement même de l’auto-constitution de la communauté, l’acte d’amour qui fonde la possibilité de la société. Or, si l’égoïsme ne peut être renversé qu’à travers une société authentique, autrement dit une communauté impliquant justice et liberté, comment ne pas voir, là encore, ce que le socialisme comme théorie d’une telle société doit à Luther?

Premièrement, l’idée d’une communauté que seuls le partage et la justice rendent possible. En cela, d’ailleurs, la vertu de l’amour fraternel, l’agape, trouve son sens le plus fort. Elle est non seulement le don, la générosité pétrie d’humilité, cette vertu de l’homme de la terre (humus) qui ne se croit pas déjà au ciel, mais l’exercice même de la vie sociale lorsqu’en sa réciprocité elle fonde la communication en rendant possible le don qui n’attend pas de retour et qui, à l’inverse de Satan qui reprend ce qu’il donne, s’oppose aussi par-là au commerce.
Deuxiémement, l’idée d’une société de solidarité et de liberté qui, en tant que telle, exclut la société de la main invisible d’Adam Smith et l’idée du marché comme fondement de la société. Car c’est bien une société sans société et qui fait illusion en prétendant que l’accord des égoïsmes concupiscents suffit à les abolir, que celle dans laquelle on donne pour recevoir ou pour reprendre. La société de marché n’existe donc pas et ne peut exister. Or, n’est-ce pas ce simulacre que Marx en Allemagne et Jaurès en France n’auront de cesse de dénoncer?

Marx d’abord, qui dans ses Manuscrits de 1844 affirme que l’argent déshumanise le monde et rend impossible la communauté. C’est d’ailleurs pour cela que, très sérieusement, il imagine un monde nouveau dans lequel les échanges seraient bien monétaires mais la monnaie d’un type inouï, qui exclut l’argent: l’amour! Jaurès ensuite, convaincu que c’est bien une “société sans société” qui définit les termes même du défi que le socialisme républicain a pour vocation de relever.

Concluons! S’il convient de dénoncer les outrances qui touchent notre représentation de l’argent, du profit et du marché, il importe tout autant de comprendre que si une société authentique est une communauté de justice, de solidarité et de liberté, alors l’argent ne saurait en constituer la monnaie ni le marché la fonder de quelque manière que ce soit.

Sélection en Master: l’arbre qui cache la forêt!

Le 10 février dernier, le Conseil d’État rendait un avis rappelant que la sélection « ne peut être mise en place pour l’accès aux formations de première ou deuxième année de master à l’Université ». Or, cet avis, loin d’être anodin, place les pouvoirs publics au pied du mur. Premièrement, parce qu’il met le Gouvernement en demeure de faire paraître, dans les prochains jours, un décret pour donner le droit aux universités de sélectionner leurs étudiants, ce qu’un certain nombre d’entre elles font depuis belle lurette. Deuxièmement, parce que la « sélection », à l’aune des politiques éducatives menées en France depuis trente ans, est devenue l’épouvantail d’une époque qui n’en finit plus de céder à la tentation du déni de réalité et dans laquelle chacun feint de croire, alors que le système éducatif n’a jamais été aussi peu démocratique, que le retour des inégalités le menace. Comme s’il avait suffi, à la fin des années soixante, de déclarer la guerre à la reproduction des élites et de scander de façon incantatoire l’impératif démocratique pour rendre accessibles à tous les parcours de réussite!
Or, les faits sont là, entêtants et confirmés par les études sociologiques les plus sérieuses mais aussi par tous les rapports diligentés par les pouvoirs publics. Jamais les étudiants issus des milieux les plus modestes n’ont eu moins de chances de réussir leurs études supérieures, ce dont témoignent les conditions d’accès aux filières d’excellence.
Pour rendre compte de cette catastrophe nationale et comprendre les crispations que suscite, sitôt qu’on le prononce, le mot de « sélection », il convient d’abord de rappeler à quel point notre culture hexagonale, héritière des Lumières qui virent Condorcet élaborer le concept d’une école libératrice, est acquise à l’idée selon laquelle le savoir constitue un bien auquel chacun a le droit de prétendre. Mais sans doute faut-il aussi revenir au réquisitoire dressé contre l’Université par les théoriciens marxistes dans les années soixante, entreprise dans laquelle le sociologue Pierre Bourdieu, en affirmant que la fonction sociale du système éducatif est de pérenniser la domination de la bourgeoisie, joua un rôle déterminant
On ne dira jamais assez l’influence de cet intellectuel sur les politiques scolaires menées ces trente dernières années, en particulier sur la Réforme du Collège unique mise en œuvre en 1974 sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing et sur la Loi d’orientation de 1989 pilotée par Lionel Jospin. Dans les deux cas, un même postulat : la sélection prétendument méritocratique maquille une entreprise de reproduction des élites sociales et de ségrégation socio-culturelle. Il n’est donc guère surprenant que, de réforme en réforme, nous ayons progressivement neutralisé la plupart des dispositifs sélectifs et entériné, en renforçant l’influence des déterminismes socio-économiques, une sélection beaucoup moins équitable que celle que ces réformes ont ruinée !
Comble du paradoxe, si les bonnes consciences démocratiques fustigent la sélection, chacun s’accorde toutefois à reconnaître l’efficacité des Classes préparatoires et des Grandes Écoles qui, en sélectionnant les étudiants au mérite, les inclinent à tirer le meilleur d’eux-mêmes. D’aucuns diront que ces filières sont aujourd’hui « confisquées » par les élèves issus des milieux les plus favorisés. Mais que faut-il en déduire ? Sommes-nous à ce point dupes de l’illusion qui nous fait prendre l’effet pour la cause qui le produit ? Oui, les élèves issus des milieux défavorisés ont plus que jamais un accès problématique, non seulement aux Classes préparatoires, mais plus généralement aux parcours de réussite. Mais cela s’explique assez aisément. Car pour réaliser l’objectif du plus grand nombre possible de bacheliers, il a bien fallu renoncer à les sélectionner, et ce en disqualifiant les critères fondés sur les exigences de l’enseignement supérieur et accusés d’avantager les élèves issus des milieux les plus favorisés. Ainsi avons-nous par-là même mis en place les conditions d’une sélection extra-scolaire beaucoup plus cynique.
Dans cette affaire, les choses sont donc fâcheusement claires. Les filières dites sélectives sont accaparées par les élèves qui, pouvant bénéficier d’un environnement socio-culturel « porteur », ont été avantageusement exhortés au travail tandis que l’institution scolaire se contentait, n’ayons pas peur des mots, d’encourager leurs camarades moins chanceux à la paresse. De fait, c’est bien l’abandon de la sélection au mérite qui a engendré le renforcement d’une authentique ségrégation sociale, ce que les étudiants pressentent bien qui, parvenus en Licence, ont compris qu’ils sont les rescapés d’une formidable machine à produire de l’échec, raison pour laquelle le mot seul de sélection suffit à les indigner. Soyons clairs. Aucun concours, aucun examen , ne sera jamais absolument juste et il serait bien naïf de le croire. Pour autant, toutes les procédures de sélection ne sont pas égales entre elles, et c’est pour cette raison que le devoir de justice de l’État est plus que jamais, d’organiser la sélection des plus méritants, y compris à l’Université, pour faire barrage à la discrimination sociale qui s’est trop longtemps nourrie des faux-semblants du démocratisme.

publié dans Le Figaro l’édition du 28 mars 2016

Kamikazes, entre fanatisme et Budô

Si Constance Sereni et Pierre-François Soury, dans leur récent ouvrage , ont su expliquer avec précision comment, en octobre 1944, l’amiral Takijiro demanda à une escadrille d’effectuer une mission sans retour, créant ainsi un genre inédit, celui de la mission-suicide, force est de devoir regretter que le phénomène Kamikaze n’y soit pas envisagé à l’aune de l’éthique Samouraï dans laquelle il trouve pourtant ses sources les plus profondes et les plus fécondes. Les plus profondes en ce que les Kamikazes traduisent un idéal de sagesse tout à fait singulier selon laquelle savoir vivre n’est rien d’autre que savoir mourir. Les plus fécondes en ce que, par-delà les frontières qui nous séparent, culturellement, de l’extrême-orient, l’éthique Samouraï, à laquelle renvoient les missions suicides japonaises, questionne notre propre rapport à la vie et aux vanités matérielles.
Car s’il ne s’agit pas, ici, de passer sous silence l’incrédulité des sociétés occidentales face à ce qu’elles ont interprété de façon relativement légitime comme l’aveu d’un nationalisme exacerbé, il convient pourtant de dénoncer le caractère réductionniste de cette approche qui, en expliquant ce phénomène par la seule soumission aveugle de combattants fanatisés, fait l’impasse sur ses origines culturelles et ses fondements éthiques.
Samouraï est le nom que l’on donne au guerrier japonais, plus traditionnellement appelé bushi. On peut situer le début de la formation de l’ordre des guerriers au début du XI° siècle, le premier shogunat (gouvernement dominé par les guerriers) ayant été constitué en 1192. « Ne gagne pas après avoir frappé mais frappe après avoir gagné ». Si cette devise chère au bushi reflète l’importance accordée à l’influence que l’esprit peut exercer sur le corps qui l’enveloppe, elle permet ainsi de comprendre en quoi la force des Samouraïs se forge dans un travail de dimension spirituelle permettant de décupler les potentialités corporelles. Pourtant, là n’est pas l’essentiel de l’ascèse à laquelle travaille le bushi dont l’invincibilité s’explique plus fondamentalement dans un idéal de sagesse qui se définit par la capacité, pour ainsi dire, de mourir de son vivant, ce dont témoigne le Hagakuré.
Cet ouvrage, qui contient les enseignements du Samouraï devenu prêtre Jocho Yamamoto (1659-1719), est à cet égard éloquent. Dès le livre I, on peut y lire: « Je découvris que la voie du Samouraï, c’est la mort. Si tu es tenu de choisir entre la mort et la vie, choisis sans hésiter la mort ». À la même époque, on trouvera aussi dans le Budo sho shin shu (Pensée fondamentale de la voie du guerrier) de Daïdoji Yuzan, ouvrage dont l’influence a perduré au Japon jusqu’à la fin de la Deuxième guerre mondiale, l’exhortation suivante: « La pensée de la mort est la première chose que le bushi doit avoir en tête, jour et nuit, tout au long de l’année ». On voit donc que chez le Samouraï le temps du trépas est en avance sur lui-même. Parce qu’il vit le temps de sa mort avant de mourir réellement, le guerrier, en acceptant de mourir, se rend invincible par cette détermination elle-même. Aussi sa force est-elle éminemment psychique, non qu’il puisse se dispenser d’un entraînement physique intense, mais parce que l’acceptation de la mort ne peut s’expliquer que par l’exercice de la volonté de renoncer à la vie. C’est donc le détachement de soi qui constitue l’exercice et l’objet de la sagesse du Samouraï dont la singularité n’est pas tant celle d’un combattant qui parvient à maîtriser la peur de la mort que celle d’un homme qui est résolu à mourir et qui emploie ses forces mentales à se libérer, non plus seulement de son ego, mais de la vie elle-même, et ainsi de pratiquer la mort. Par où l’on voit que ressaisir le phénomène Kamikaze à l’aune de la culture japonaise permet d’y voir l’expression, ici dramatique bien sûr, d’un idéal de sagesse, hérité de la tradition du Budô (mode d’existence développé par les Samouraïs) , et qui consiste à vivre la mort pour ne plus la craindre.

Et c’est là sans doute que la compréhension juste du phénomène Kamikaze peut se révéler féconde. Car enfin, quoi de plus universellement redouté que la mort ? Et loin du Japon traditionnel, Pascal, l’auteur des Provinciales, nous dit-il autre chose dans sa théorie du Divertissement et sa peinture du malheur de la condition humaine ? Comment, au demeurant, s’en étonner si l’homme est bien le vivant qui pense la vie, et donc la mort? De sorte que l’éthique Samouraï, loin d’être seulement utile aux combattants de toutes sortes, et par-là tournée vers la mort, pourrait bien constituer une formidable leçon de vie, non seulement en nous ramenant à notre condition faible et mortelle, mais en nous enjoignant de vivre, non pas comme si nous nous ne devions jamais mourir, mais comme si nous le devions à chaque instant.

Europe, Islam, islamisme: entre fantasmes et réalités

(Texte publié le vendredi 13 novembre dans les colonnes de l’Hebdomaire Marianne, N° 969)

Les attentats perpétrés à Paris en janvier dernier ont produit sur les Français et les démocrates du monde entier un choc d’autant plus violent qu’ils nous ont rappelé, non que l’Europe a une identité, mais que c’est au nom même de cette identité que la France a été visée. Nous pouvions donc espérer que ceux qui jusque-là, pour minimiser les dangers de l’islam radical, invoquaient l’islamophobie dont nous serions coupables, allaient enfin entendre raison pour admettre que si cette dernière relève parfois du fantasme l’identité de l’Europe, elle, n’a rien de fantasmatique.
Or, il est à craindre que, de confusion en confusion, nous soyons loin, aujourd’hui encore, de pouvoir espérer le salut de l’Europe. Car enfin, est-il bien sérieux de prétendre que la crise des migrants fuyant l’islamisme radical est d’abord imputable aux pays occidentaux et d’appeler ces derniers à se retirer, toutes affaires cessantes, de toutes les zones déstabilisées du Proche-Orient ? Que si l’État Islamique, aujourd’hui, fait fuir les Syriens, la faute en revient à l’Occident menant, depuis des lustres, une politique islamophobe ayant elle-même engendré l’État Islamique ? L’on dira que l’auteur de ces lignes exagère. Qu’on réécoute alors, par exemple, le philosophe Michel Onfray sur le plateau de l’émission On n’est pas couchés le samedi 19 octobre dernier. Mais d’abord, qu’on prenne acte des faits !
Quand l’Ayatollah Khomeiny déclare, dans ses écrits, sa haine de l’Occident, on n’est pas dans le fantasme. Quand les dirigeants de Daesh, et de Boko Haram en Afrique, affichent leur intention de créer un État islamique en Europe, on n’est pas dans le fantasme. En revanche, quand on est accusé d’islamophobie au prétexte de se sentir menacé par Daesh, alors là oui, on n’est plus dans la réalité mais dans le fantasme.
Par où l’on peut voir, de fait, que nous sommes aujourd’hui sous la menace de la confusion la plus dramatique qui consiste, on l’aura compris, à prendre la réalité pour un fantasme et un fantasme pour la réalité.
Le fantasme, c’est celui de l’islamophobie obstinément invoquée par les partisans de l’antiracisme incapable de comprendre que si les occidentaux ne sont pas forcément affranchis du racisme, l’Occident, aujourd’hui, n’en a plus le monopole puisqu’il est lui-même devenu l’objet d’une haine qui ne se dissimule même plus. Oui ou non, les adversaires du racisme auront-ils l’intelligence de fustiger le racisme dont l’Occident est l’objet ? L’avenir nous le dira qui, faut-il le souligner, en dépend.
La réalité, c’est que l’identité européenne n’est pas un fantasme et qu’il est grand temps d’oser affirmer les valeurs de l’Europe. Car enfin, comment pourrons-nous accueillir et intégrer quelque altérité que ce soit si nous ne sommes pas capables de nous donner et d’assumer une identité ? Et n’est ce pas d’ailleurs ce qu’avait fort bien compris Julien Benda dès 1933 ?
Alors que la lutte contre l’Action française inclinait nombre de ses contemporains à rejeter toute identité, Benda a opposé à l’identitarisme nationaliste un identitarisme supra-nationaliste, en l’occurrence l’idée de l’Europe. D’où l’erreur, aujourd’hui, du cosmopolitisme post-identitaire avancé en France par Jean-Marc Ferry et outre-Rhin par Ulrich Beck . Combattant le nationalisme, ce cosmopolitisme pense que c’est en affirmant que le propre de l’Europe est de ne pas avoir de propre que l’on parviendra à la bâtir. Or, comment les peuples européens, par-delà leurs particularismes nationaux, pourraient-ils se reconnaître dans l’Europe si l’on ne cesse d’affirmer que l’identité de l’Europe n’est qu’un fantasme, donc qu’en définitive l’Europe n’existe pas ?
Et comment celle-ci pourra-t-elle survivre face à ceux qui, réellement, veulent la détruire, si elle n’a pas le courage d’affirmer son identité et d’assumer ses origines ? Ces dernières sont grecques. Elle sont tout autant chrétiennes et nous leur devons ce qui nous est le plus cher : la démocratie et le respect de la personne humaine.
Cessons donc, une bonne fois pour toutes, de nier nos valeurs et notre histoire. À cela deux raisons majeures. Premièrement, il n’y a aucune honte à affirmer l’identité de l’Europe. Deuxièmement, pour être aimé, il faut commencer par s’aimer soi-même. Que l’Europe commence donc par cesser de se détester si elle veut cesser d’être détestée.

Conférence sur La Nature 26 septembre 2015

J’interviendrai à L’ISC Paris, avec Henri Pena-Ruiz et Bertrand Vergely, samedi 26 septembre 2015 à 14h.
Thème du séminaire: La Nature.
Ouvert à tous et en priorité aux étudiants de 2° année de Prépa Commerciale (La Nature est le thème de Culture générale de la session 2016 des concours d’accès au haut enseignement commercial).
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