La chute du mur de Berlin ou le capitalisme mis à nu

9 novembre 1989. C’était il y a vingt ans. C’était hier. Le mur est tombé, et avec lui s’est effondré une utopie qui n’en finissait plus de se montrer sous ses dehors les plus monstrueux, l’utopie d’une société sans classe, d’un monde de justice et de fraternité, mais qui en définitive était parvenu, à force de vouloir obstinément faire descendre le paradis sur terre, à produire l’enfer si bien décrit par Soljenytsine, en 1974, dans l’Archipel du Goulag.

L’on pourra, bien sûr, chercher à expliquer la chute du mur de la façon la plus savante, en termes de causalité économique d’abord, en termes de causalité géo-politique ensuite. Mais n’empêche que le communisme s’est sans doute effondré d’avoir promis à l’Europe moderne la lune, de lui avoir promis le royaume de Dieu sur terre, et de le lui avoir promis sans Dieu. En ce sens, la chute du Mur est donc la ruine de ce qu’il faut appeler ici un messianisme séculier. Il n’est qu’à lire les textes de jeunesse de Karl Marx, et en particulier les Manuscrits de 1844, pour s’en convaincre.

Mais si le 9 novembre 1989 symbolise si fortement l’effondrement du socialisme matérialiste et marxiste, qui est sans aucun doute l’un des événements majeurs de cette fin de siècle, la chute du Mur symbolise tout autant le malaise qui touche aujourd’hui plus que jamais le monde libéral. Tant que le Mur était debout, tant que le communisme était vaillant, l’Occident y trouvait un ennemi idéal, un ennemi taillé pour lui, un ennemi rêvé, et pouvait donc <il ne s’en privait pas> tirer orgueil du mal absolu qu’il avait pour vocation de combattre. La lutte contre le collectivisme, contre le totalitarisme, lui donnaient sa raison d’être et, d’une certaine façon, la preuve de sa vertu.

Or, la chute du Mur n’a-t-elle pas fragilisé l’Occident dans la mesure où le capitalisme étant désormais sans ennemi, en tout cas sans rival, il peine plus que jamais à trouver sa justification ? Que l’Occident était beau sous Staline, sous Brejnev !! Que la RDA d’Érich Honecker était réconfortante. Car l’Occident est aujourd’hui seul, avec ses millions de chômeurs, mais aussi avec ses milliards d’affamés et de damnés tout autour.

L’on dira que militairement, et même économiquement, le monde occidental n’a jamais été aussi puissant. C’est relativement vrai. Mais à quoi bon la force quand on n’a plus la foi ? Et n’est-il pas à craindre que sous l’effet de la disqualification historique du communisme,  le capitalisme soit de plus en plus conspué et diabolisé ? De sorte que s’il a triomphé du communisme, l’on est en droit de se demander s’il saura bien se sauver de lui-même ?