Enseignement moral et civique: l’étrange relégation de la laïcité

Si les récents attentats perpétrés en France nous ont permis d’observer l’attachement des Français à la liberté d’expression et à la laïcité qui laisse chacun libre de croire ou de ne pas croire, ils ont aussi amené la plupart des membres du Gouvernement a afficher leur volonté opiniâtre de défendre la République et ses valeurs de liberté et de tolérance. De fait, quand la minute de silence en hommage aux victimes des attentats a été chahutée dans tel ou tel établissement scolaire, c’est la Ministre de l’Éducation elle-même qui s’en est émue en promettant de défendre le principe de laïcité. Aussi est-ce avec un grand intérêt que le professeur de philosophie que je suis attendait   la publication du projet de Programme pour l’enseignement moral et civique[1], programme défini par le Conseil Supérieur des Programmes (C.S.P.) et censé être mis en application dès la rentrée prochaine.

Car enfin, comment pouvons-nous, aujourd’hui, feindre d’ignorer les appels de ceux qui, aliénés à une vision marxiste de la société, ne voient plus dans l’universalisme républicain qu’un dispositif de domination des minorités culturelles? En outre, l’heure n’est-elle pas éminemment grave, qui voit de plus en plus souvent les défenseurs de la laïcité soupçonnés d’islamophobie ? En un mot comme en cent, comment l’École, dans une période dans laquelle le pacte républicain est plus que jamais menacé, pourra-t-elle bien assumer sa vocation émancipatrice et fédératrice sinon en mettant ses pendules à l’heure exacte de la laïcité ? Or, le programme pour l’Enseignement moral et civique, sous sa forme actuelle, peut-il contribuer à relever ce défi ? Qu’il nous soit permis, ici, d’en douter et d’en expliquer les raisons.

Publié, faut-il le rappeler, sous l’autorité de la Ministre de l’Éducation, ce programme, pour ce qui concerne le cycle 4 (celui du lycée) de l’enseignement secondaire, comprend deux parties. La première concerne les lycées d’enseignement général, la seconde les lycées professionnels préparant aux C.A.P. et aux B.E.P.

Or, en ce qui concerne les lycées d’enseignement général, il est actuellement prévu que la laïcité n’y soit pas explicitement abordée avant le niveau de la classe de Terminale alors qu’il eût été tout à fait opportun de le faire dès la Seconde, par exemple en traitant « l’État de droit et les libertés individuelles et collectives »[2]. Notre Ministre de l’Éducation se dit soucieuse de défendre la laïcité. Soit ! Mais dans cas, qu’elle explique alors aux Français pourquoi, dans ce nouveau programme, son importance est à ce point minorée ! D’autant que le programme censé être appliqué dans les lycées professionnels est, quant à lui, simplement mais franchement stupéfiant ! Car ici, et il faut le lire pour le croire, la notion de laïcité n’apparaît nulle part   alors qu’elle aurait pu, là encore, opportunément être introduite dans le chapitre consacré aux « libertés individuelles et collectives »[3]. Aussi incroyable que cela puisse être, les faits, en l’occurrence le programme élaboré par le C.S.P., sont là, qui prétendent aujourd’hui qu’il ne convient pas d’expliquer aux élèves des lycées professionnels ce que signifie, en France, la laïcité.

Le professeur de philosophie, en déplorant qu’un projet d’enseignement moral et civique fasse si peu de cas de notre mémoire républicaine, ne peut donc manquer de s’interroger.  De quoi ce silence assourdissant est-il bien le nom ? Car enfin, notre Ministre de l’Éducation et les membres du C.S.P. imaginent-ils que nos lycées professionnels sont aujourd’hui les symboles et les fleurons de la mixité sociale ? Nul ne l’ignore, pourvu qu’il soit de bonne foi : statistiquement,   ces établissements, loin des filières générales, plus sélectives, scolarisent un grand nombre d’élèves issus de l’immigration et appartenant aux minorités culturelles, ethniques et confessionnelles. Que veut   dire, alors, le C.S.P.? Que ces élèves ne méritent pas d’être instruits du sens républicain du dispositif laïque ? Que l’enseignement de la laïcité est ici superflu ? Ou qu’on l’imagine   ici voué à rencontrer des résistances trop difficilement surmontables?   N’ayons, dès lors, pas peur des mots: le C.S.P est-il « tombé sur la tête », qui semble ignorer que s’il y a bien un territoire scolaire, sinon perdu, du moins à reconquérir sans cesse en matière de laïcité, c’est sans doute et d’abord   celui de l’Enseignement professionnel ?

Il est temps de conclure notre propos. Si nous devons nous féliciter que la puissance publique entende défendre   les valeurs qui fondent le projet républicain, encore faudrait-il que cette intention ne reste pas lettre morte   et que le Gouvernement, à travers la création de l’Enseignement moral et civique, se saisisse de cette occasion, non pour renoncer à   la laïcité, mais pour en expliciter avec détermination sa signification et ses vertus. Car si l’idée laïque est bien, pour ainsi dire,  le poumon de la République, alors elle doit être l’objet d’un enseignement beaucoup plus étendu que celui qui lui est actuellement dévolu dans le Projet de programme pour l’enseignement moral et civique. Qu’il nous soit ainsi permis d’espérer qu’en cette affaire très sérieuse la Ministre de l’Éducation saura sans tarder joindre le geste, le bon, à la parole qui ne saurait en aucun cas en tenir lieu. Il y va d’abord de sa crédibilité mais il y va surtout de l’avenir de l’École, le socle même de la nation disait Jules Ferry…

Tribune publiée dans Le Figaro le 26 février 2015

[1] Projet publié le 18 décembre 2014. Texte consultable à l’adresse suivante : www.education.gouv/csp.

[2] Page 7 du Projet.

[3] Page 4 du Projet.

L’étrange « réflexe » de l’Inspection de philosophie

        Tribune publiée dans l’Hebdo Marianne, édition du 13 février 2015

             Les professeurs de philosophie, chacun le sait, ont pour mission de faire valoir auprès de leurs élèves,   non seulement le droit du savoir face au pouvoir, mais le droit de la critique face à tous les dogmatismes. En ce sens précis, l’enseignement philosophique est donc, dans l’économie du système éducatif français et, plus largement dans le dispositif social républicain, éminemment symbolique. Car en conjuguant l’objectif de l’émancipation par l’exercice du jugement et celui de l’accès à la liberté et à la responsabilité civiques, c’est en toute rigueur l’idée et la vocation de l’École républicaine qu’il définit. L’attentat perpétré contre Charlie Hebdo, en ce qu’il vise très clairement la liberté de penser par soi-même et la liberté d’expression, et en atteignant la République en plein cœur, a donc de toute évidence pris pour cible les fondements même de l’institution que constitue, en France, l’enseignement philosophique. De cela, chacun doit être convaincu.

            Quelle n’a donc pas été notre surprise lorsque, aux environs du 15 janvier, les professeurs de philosophie des académies franciliennes ont reçu une offre de formation, initiée par l’Inspection pédagogique régionale de philosophie de l’Académie de Versailles, explicitement motivée par les attentats du début du mois et intitulée « Ressources philosophiques et spirituelles de l’Islam ». Non que nous ne sachions les confusions qui touchent la religion en général et l’Islam en particulier. Et nul n’ignore, bien sûr, que tous les enseignants doivent aujourd’hui avoir en main les outils pédagogiques pouvant contribuer à la lutte contre les préjugés et les amalgames qui se nourrissent de l’ignorance. J’ai d’ailleurs participé à ce stage de formation qui s’est déroulé le 3 février au Lycée Léonard de Vinci à Levallois-Perret et qui, en soi, fut intéressant.

            Mais qu’il nous soit ici permis de nous interroger. Quand la République est attaquée, quand la liberté de penser par soi-même est foulée aux pieds et martyrisée, et quand elle l’est au nom de l’Islam, quel est le devoir de l’État et quel est le devoir du service public d’éducation ? Est-il d’abord de nous rappeler que l’Islam ne se réduit pas au djihadisme, rappel au demeurant justifié ?  Ou n’est-il pas plutôt d’affirmer le sens profond des valeurs qui définissent la République ? Car enfin, et là encore, pas de malentendu, si l’on ne peut nier l’utilité pédagogique d’une telle initiative, ne peut-on pourtant s’étonner, au regard de ce que signifie, en France, l’institution de l’Enseignement philosophique, que la réaction première de la puissance publique soit d’initier une telle formation ? Si Victor Cousin, Émile Durkheim[1] ou encore Ferdinand Buisson, ont défini l’enseignement philosophique comme l’idée même de la République et de sa vocation émancipatrice, alors n’eût-il pas plutôt valu, en la circonstance et fidèles à notre mémoire collective, venir au front du combat que tous les démocrates, tous les républicains, doivent livrer aujourd’hui ?

            D’aucuns diront que la lutte contre les confusions touchant l’Islam et le combat pour la laïcité ne sont pas exclusifs l’un de l’autre. Et ils auront sans doute raison. Mais soyons alors de bonne foi. Si l’Islam est aujourd’hui l’objet des confusions les plus nocives, la laïcité, ce poumon de la République, ne l’est-elle pas tout autant ? Quand certains la confondent avec la tolérance, quand d’autres imaginent  qu’elle se définit par l’hostilité à la religion, et quand d’autres encore clament qu’elle n’est rien d’autre que le maquillage de l’islamophobie, ne serait-il pas grand temps que les professeurs de philosophie mettent les pendules à l’heure de l’histoire et de la République ?

            Est-il vain, dès lors, d’imaginer que l’Inspection  de philosophie, si sensible à l’actualité, saura concevoir l’opportunité d’organiser sans tarder un stage de formation consacré à la laïcité ? L’avenir le dira, qui nous montrera si, oui ou non, la France est capable de rendre à Renouvier[2], à Cousin ou encore à Buisson, ce qui leur est dû et ce que nous leur devons, à savoir la liberté de penser par nous-mêmes et le droit de l’enseigner à nos élèves.

[1] « L’enseignement philosophique et l’agrégation de philosophie », Revue Philosophique, 1895, n° 39

[2] Charles Renouvier, philosophe français (1815-1903). Il publie en 1848, à la demande du ministre provisoire de l’Instruction publique Hippolyte Carnot, un Manuel républicain.

Laïcité: la bataille continue

C’était il y a dix ans, pour l’Hebdo. Marianne. Force et vigueur !

Si l’on peut discuter la pertinence de la   décision prise par le Président de la République, de légiférer   dans le sens du refus du prosélytisme religieux à l’École, il n’en demeure pas moins que le débat de ces dernières semaines a pris un tour pour le moins surprenant. Car s’il faut regretter qu’il se soit focalisé sur le « voile », il     a clairement mis en évidence l’inquiétante banalisation d’une conception de la laïcité   qu’il faut dénoncer pour ce qu’elle est vraiment: la négation même de l’idée laïque. Pour le comprendre, il nous faut   revenir à l’énoncé du problème tel qu’il fut, ces dernières semaines, formulé. Faut-il, oui ou non, interdire à l’École la manifestation des signes d’appartenance religieuse ? Et, une telle loi serait-elle conforme à l’idée de la laïcité?

Parce que les « partisans de la loi », comme ses détracteurs, revendiquent la défense du principe laïque, une brève analyse s’impose.

On ne s’étonnera pas de ce que, fidèles à la distinction fondamentale entre vie privée et vie publique, laquelle, depuis Rousseau, fonde l’idée de la citoyenneté et de la République, les partisans d’une loi interdisant l’expression des signes religieux en milieu scolaire rappellent que l’idée de Nation tire sa signification de la définition d’un espace « politique » commun, dans lequel toutes les idiosyncrasies éducationnelles et confessionnelles peuvent se transcender, ce qui n’est possible qu’en reléguant dans la sphère privée la vie spirituelle et les engagements de type religieux. N’est-ce pas d’ailleurs ce que Condorcet a apporté à la France des Lumières en soulignant, en 1793, dans son Mémoire sur l’instruction publique, la nécessité de distinguer éducation et instruction, et par voie de conséquence d’exclure l’enseignement religieux, la catéchèse, de l’École publique? Outre que cette dernière thèse lui valut, contre Talleyrand qui déposa à la même époque un projet faisant encore la part belle à la religion, les faveurs de la Convention, chacun sait que la création de l’École publique en 1881 doit précisément à Condorcet le principe fondamental, et fondateur, de sa laïcité.

Pourtant, de confusions en contre-sens, et de sophismes en faux-semblants, certains voudraient nous faire accroire que non seulement la laïcité ne s’oppose pas   à l’ostentation des signes religieux à l’École, mais qu’elle les autorise, au nom de la tolérance et   de la liberté de conscience. Or, qui ne voit le caractère fallacieux de ces invocations qui se fondent, en vérité,   dans une conception communautariste et différentialiste   de la société, conception typiquement anglo-saxonne, et qui définit le système républicain comme un système de domination des minorités ethniques et confessionnelles.   Comme l’explique, par exemple, le philosophe canadien   Charles Taylor (Multiculturalisme : différence et démocratie, 1992), l’universalisme républicain, en ne reconnaissant que l’égale dignité des citoyens, cautionnerait une violence perpétrée à l’encontre des communautés dont il ne respecterait ni l’originalité ni la diversité puisqu’il prohibe la manifestation, dans l’espace public, de leurdifférence. Loin de promouvoir, et a fortiori de garantir, la liberté de tous, l’idéal   laïque, en tenant à distance de la Cité les particularismes ethniques et religieux, entérinerait donc, selon ce théoricien patenté du communautarisme, une authentique aliénation culturelle.

Aussi convient-il ici de ne pas se laisser abuser. Les partisans de cette laïcité prétendument ouverte, qui réclament le droit, pour chacun, d’exprimer dans l’espace public sa différence, sont des ennemis de la laïcité à laquelle, dans la meilleure des hypothèses, ils tournent le dos. Car s’ils sont convaincus que la justice et la liberté ne sont réalisables socialement qu’à la condition que tous les particularismes culturels aient droit de cité, ils ignorent, ou feignent d’ignorer, qu’une telle juxtaposition ne peut produire que conflits rivalitaires et stratégies de pouvoir qui toujours, l’histoire nous l’enseigne, débouchent sur l’intolérance   érigée en politique. Hostiles à l’universalisme laïque, intimement persuadés que l’idéal républicain maquille un européocentrisme culturel et dénonçant, last but not least , le caractère idéologique des lois, c’est à la République qu’ils en veulent. N’en soyons pas dupes…

L’École, la morale et la laïcité

La violence et les incivilités sont l’affaire de tous et d’abord des pouvoirs publics. Parce que l’École se doit d’être le socle de la Nation,  il est clair que sa vocation n’est pas simplement de donner de l’instruction   mais aussi de faire oeuvre d’éducation, conformément à une autre de ses missions qui est de contribuer à former les citoyens de demain. Si ce rappel peut sembler au premier abord superflu, il convient toutefois d’en expliciter les deux implications principales.

Premièrement, il n’y a pas d’éducation qui puisse faire l’économie de règles de comportement et ainsi de ce que l’on appelle communément la morale. Comment pourrions-nous éduquer nos enfants si nous ne nous efforcions pas de leur enseigner les principes fondamentaux du « vivre ensemble » ? Et comment pourrions-nous   leur apprendre à vivre en société si nous ne leur expliquions  ce qu’est le respect de la dignité de la personne, ce qu’est la justice ou bien encore la tolérance ? La société n’est-elle pas avant tout une communauté de valeurs et de principes ?

Deuxième implication : la morale relève, aujourd’hui plus que jamais, non seulement de la responsabilité des familles mais de la responsabilité de l’État en matière de politique éducative. Il est ainsi tout à fait conforme à la vocation sociale et républicaine de l’École que l’on y enseigne la morale, n’en déplaise à ses contempteurs libertaires pour qui toute règle est forcément répressive.

Pourtant l’idée d’un enseignement de la morale laïque ne va pas sans poser problème. Car s’il est clair que la vocation de l’École publique   ne saurait être d’administrer des catéchèses et par-là de rompre le pacte laïque qui l’engage constitutionnellement, il est non moins clair que le principe selon lequel chacun est libre, pour ainsi dire, de « croire ce qu’il veut », complique notablement la transmission de ces valeurs. La difficulté est en effet la suivante. Les établissements publics d’éducation, qui recrutent depuis 1883 les enseignants selon des critères de stricte compétence pédagogique, n’ont   aucunement égard aux convictions religieuses, philosophiques et politiques de leur personnel. De sorte qu’au nom de la liberté absolue de conscience et du principe de laïcité, chaque enseignant peut épouser le culte ou la philosophie de son choix, cette dernière pouvant être religieuse mais tout autant déiste, voire matérialiste et athée. Et c’est ici que le bât blesse.

Nous le montrerons au moyen d’une analogie qui interpellera l’expérience de tout un chacun. Si l’on admet que dans toute famille, et donc tout couple parental,    il est souhaitable que chaque parent conserve son identité, ses convictions et que le mariage n’est ni la tyrannie des uns ni la soumission des autres, il faut cependant convenir qu’on ne peut éduquer ses enfants qu’à la condition de partager entre époux les valeurs que, précisément,  l’on souhaite leur transmettre et qui ne peuvent l’être vraiment qu’à la condition d’être communes et communément assumées.  Que pourrait bien apprendre  un enfant si ses deux parents n’avaient pas foi dans les mêmes principes moraux, dans les mêmes valeurs, bref s’ils n’avaient cette communauté de croyances? Or, n’est-ce pas, par analogie,  un même écueil, qui menace la transmission des valeurs morales à l’École?    Car enfin, Si au nom de la laïcité, chacun a le droit de croire ou de na pas croire, d’être matérialiste ou spiritualiste, hédoniste ou puritain,  que vont bien pouvoir enseigner les professeurs en matière de morale? Et comment l’hédoniste matérialiste pourra-t-il se reconnaître dans la morale dans laquelle devra conjointement se reconnaître un protestant piétiste? Ce n’est pas tout. Si chacun ici a le droit inaliénable de croire en l’infini ou de ne pas y croire, que pourra être, précisément, cet infini à quoi se rattachent toutes les âmes et sans lequel, affirmait Jean Jaurès dans La question religieuse et le socialisme, nulle société n’est possible? Par où l’on voit mieux encore maintenant en quoi la comparaison que nous avons risquée n’est pas sans fondement. Car il en va de même à la maison et à l’École. Sans communauté de valeurs, sans communauté de croyances, il n’y pas de société, conjugale ou civile. Sans société, donc sans communes croyances, il ne peut y avoir de morale en laquelle chacun pourrait s’accorder avec tous. La laïcité, qui ouvre pour chacun le droit de croire ou de ne pas croire, possède donc des vertus qu’il n’est pas question de nier. Mais nous devons avoir l’honnêteté de reconnaître, avec Jaurès lui-même, qu’elle ne peut fonder vraiment la société. Celle-ci, qui n’est autre qu’une communauté de destin, ne le peut qu’à la condition d’être d’abord une communauté de croyances. Avons-nous perdu de vue la question de l’enseignement de la morale laïque? Absolument pas! Car comment pourrions-nous enseigner une morale, et a fortiori une morale laïque, si nous ne pouvons universellement  nous rattacher à cette communauté  de valeurs?