Écoute, Israël…

Par Rivka

(Les textes publiés dans la présente rubrique « Contributions amies » n’engagent que leurs auteurs respectifs.)

Cent cinquante intellectuels irlandais ont appelé, il y a quelques jours, au « boycott culturel d’Israël », pour afficher leur solidarité avec le peuple palestinien.  « Ce boycott inclut de ne participer à aucun événement auquel des Israéliens seraient conviés ou le financement d’activités dans lesquelles seraient impliqués des Israélien,s et de ne pas se produire en Israël.»1

L’enjeu paraît certes minime (ces intellectuels n’ont de notoriété qu’en Irlande…), mais cet appel est alarmant, navrant. Et si je n’avais été lasse, si je n’avais été profondément désabusée, j’aurais été furibonde. C’est une plaie ouverte dans l’âme juive et qui, à force d’écorchures et de triturations frénétiques, ne cicatrise pas. Voici, pour le dire tout net,  les nouveaux masques de l’antisémitisme.

Si le terme même de « boycott », ainsi que les actions soutenues contre Israël, semblent,  vraisemblablement, ne heurter qu’une poignée d’individus, parce qu’ils constituent, en apparence, une répression passive, ils n’en demeurent pas moins discriminants et liberticides. Appeler au boycott d’Israël, c’est appeler à sa mort, lente, à son agonie économique. Or , ici, les moyens de pression économiques ne maquillent-ils pas la plus farouche haine du peuple juif ?

Sombre crétinerie de ces nouveaux héros de pacotille, ces inconditionnels de l’ «Autre», unifiés contre l’« Envahisseur », le Grand Satan ! Et qui perçoivent Israël comme une « entité juive ségrégationniste », alors qu’il est le seul État véritablement démocratique au Moyen-Orient. Israël se pose, pour la jeunesse en mal de bravoure, pétrie d’humanitarisme, comme un écueil à l’idéal d’un monde sans frontière. Israël n’est plus cet Autre, dépeint par Finkielkraut, Israël n’est plus à plaindre. Le Juif n’est plus à défendre. « On l’a trop pleuré, voyez comme il agit désormais ! » Je ne blâme ni l’État français, car il n’y a pas d’antisémitisme d’État, ni a fortiori l’opinion  des Français, mais je refuse cette haine latente, polymorphe et perfide qui voit le sionisme criminalisé et  Israël nazifié.

Souvenons-nous de l’Abbé Pierre, ancien résistant, déclarant que « les Juifs, de victimes, sont devenus des bourreaux » ! Et n’oublions pas, loin de la France certes, que le quotidien grec Ethnos, proche du Pasok, le Parti socialiste au pouvoir jusqu’au début 2004, osa publier,   dans son édition du  7 avril 2002, un dessin représentant deux soldats juifs portant des uniformes nazis et arborant une étoile de David sur leur casque, en train de poignarder deux Arabes. La légende disait : «Ne te sens pas coupable, mon frère. On n’a pas été à Auschwitz et Dachau pour souffrir mais pour apprendre.» Mes poings se crispent. Je brûle d’une colère froide. J’aimerais, comme un prophète (navi en hébreux, de l’akkadien nabou, « le cri »), savoir crier, pour rassembler et faire partager mon ire. Cette errance des vocables, à l’image d’une jeunesse vagabonde nostalgique de ce qu’elle n’a pas connu, semble caractéristique du post-modernisme. Ne tolère-t-on pas désormais l’intolérable, au nom d’une ferveur égalitaire ? Et, avec une empathie grandiloquente, pleine de cette pitié post-coloniale, on pardonne les attentats meurtriers, puis on ignore le sang, versé là, et la chair déchiquetée d’hommes, de femmes et d’enfants. Morts parce que juifs.

Qu’y a-t-il, en outre, de plus aberrant, qu’y a-t-il de plus outrageant, que d’entendre le mot « ghetto » appliqué au territoire palestinien ? Ne s’agit-il, en réalité, d’un procédé cynique et abject destiné à corrompre la vérité historique, à souiller la Mémoire juive ? Si Israël a entrepris la construction d’une barrière de sécurité (constituée à 97% de fils barbelés ; le béton protège les véhicules israéliens des tirs terroristes, à proximité des zones résidentielles juives), c’est pour honorer le premier de tous les devoirs d’un État : protéger la vie et la liberté de ses citoyens. Cette barrière de protection ne se dresse pas contre la paix, mais contre le terrorisme. Il n’est donc nullement question de séparation raciale.

Recentrons-nous, maintenant, sur l’actualité française… «Que ne faut-il pas dire ou laisser dire pour se faire applaudir au Val-Fourré ?» s’interroge le villepiniste Hervé Mariton, lors d’une réunion conduite par Dominique de Villepin, en présence de quelques parlementaires. Rappel : en 2005, après douze nuits d’émeutes dans diverses banlieues de France, Dominique de Villepin était intervenu à la télévision  pour annoncer « la réactivation de la loi de 1955 instaurant l’état d’urgence au moment de la guerre d’Algérie », et réhabiliter, de fait, le couvre-feu.

Mardi 1er Juin 2010. Le ton change : on en vient à évoquer Israël. «Sarkozy aime les Juifs. Sarkozy oeuvre pour Israël et l’argent.” La bienveillance intéressée de l’ancien Premier ministre noie les aigreurs passées, et caresse l’ardeur des jeunes « en mal de reconnaissance ». Villepin est leur bienfaiteur. Lui, peut-être, saura écouter ces adolescents, illuminés de fantasmes et qui, comme l’écrit Alain Finkielkraut2 , « [souffrent] d’Israël, comme d’une morsure dans la chair de l’Islam ». Opportunisme électoral, c’est chose certaine. Villepin se range dans le camp de la « minorité majoritaire » et condamne, tel un tribun de la bien-pensance, « la politique de force menée par Israël sans rapport avec la défense de sa sécurité »…Et de déclamer un vers du poète palestinien Mahmoud Darwich, avec un lyrisme affecté.

Qu’on ne se méprenne pas. Il est légitime de critiquer la politique du gouvernement israélien. Mais il ne l’est pas de l’invoquer pour maquiller la haine et la revêtir des vêtements de la diplomatie.   Comme il est proprement inacceptable de  désigner, dans une fureur effrénée, Israël à la vindicte, le sacrifiant sur l’autel  des droits de l’homme, quand dans le même temps  l’on feint  d’ignorer les causes de l’édification d’une barrière de protection,   occultant au passage les aides humanitaires israéliennes pour Gaza4. Des vidéos, extraites d’émissions diffusées par Al-Aqsa TV, fourmillent sur Internet, qui  présentent de jeunes enfants,  déjà dépossédés   de leur candeur, ânonnant timidement des réponses convenablement haineuses. Apprend-t-on, en ces terres, la bonté et l’amour du prochain ? Eveille-t-on au respect et à la dignité? Une grande majorité de Palestiniens, embrigadés, écrasés par le fanatisme et la propagande, semble alors persuadée que le bonheur ne s’acquiert pas ici-bas, mais bien au paradis réservé au Chahid 5. Comment, dès lors, un représentant de la République française, à l’instar de Dominique de Villepin, peut-il se fourvoyer dans cet étalage de bons sentiments? Quelle est cette mascarade antisioniste, ce Mal qui s’apparente au Bien ? Pourquoi enhardir la jeunesse musulmane de France, par des discours enflammés et misérabilistes, en transposant, dans nos frontières, le conflit israélo-palestinien ? N’aurait-on plus intérêt à désirer la paix ?

Récemment encore, Eden Abergil, ancienne soldate de Tsahal photographiée près de prisonniers palestiniens menottés aux yeux bandés, a soulevé l’indignation des médias européens. Quel esclandre ! Quelle insoutenable démesure, quelle dévote partialité… L’armée israélienne regrette et réprouve le comportement de la jeune fille. Qu’importe, Israël est à nouveau pointé du doigt, ignoré de tous, fustigé par chacun. Le Peuple élu n’a pas le droit à l’erreur. Tandis que le monde arabe jubile, et exhorte, sans relâche, au meurtre des mécréants. Des propos ignominieux sont tenus, des imprécations antisémites proférées chaque jour, publiquement, sur les chaînes de télévision saoudiennes, égyptiennes, palestiniennes ! Personne ne s’indigne, personne ne brandit le drapeau de la souveraine tolérance. Les médias européens époussètent le « fait », d’un revers de main, comme pris d’une implacable et subite mollesse.

Un proverbe juif dit : «Dans l’amitié, ménage une petite place pour la brouille, et dans la  brouille une autre pour la réconciliation.» Voilà plus de cinq mille ans que nous fraternisons. Plus de deux mille ans que nous pardonnons. Plus de soixante ans que nous sommes assassinés sur notre propre Terre.

Que l’on mette fin aux propagandes haineuses, que l’on cesse de délégitimer l’État d’Israël.


[1] Deutéronome, VI, 4-9

1 Source : Guysen.com

2 Alain Finkielkraut, Au nom de l’Autre : Réflexions sur l’antisémitisme qui vient, Gallimard, 2003.

4 Des milliers d’enfants palestiniens sont accueillis et opérés au service de soins intensifs de l’hôpital Wolson d’Israël, par des volontaires médicaux de l’organisation Save a Child’s Heart (SACH).

5 Cf. «Quand les yeux se dessillent. Des bénévoles, abusés par la propagande palestinienne témoignent. »

Source : upjf.org