L’Église, la société et l’argent…

 

Le nouveau pape François a déclaré le 16 mars dernier qu’il voulait une “Église pauvre pour les pauvres”, rappelant ainsi  que si les chrétiens ont pour vocation d’affirmer la force des faibles, l’Église catholique a pour mission de rassembler les hommes et, pour ce faire,  de  secourir  ceux que la pauvreté accable.  Mais en parlant des “pauvres”, et en soulevant ainsi la question du rapport de l’Église à la richesse et à l’argent, le Souverain Pontif ne se contente pas de rappeler les catholiques au devoir  de s’affranchir des vanités matérielles. Il ne se contente pas non plus d’exhorter chacun à pratiquer en tout lieu la solidarité. Car il entend, non seulement réaffirmer la vocation sociale de l’Église, mais combattre par-là même la désaffection dont elle est l’objet dans le monde occidental. Or, les causes   de cette désaffection, qui sont multiples, sont d’abord historiques et   connues. Qui ne sait, en effet, que  l’Église, par-delà certains scandales finaciers récents, a régulièrement été accusée de céder aux vanités matérielles et de faire allégeance aux puissants?

Alors que le christianisme primitif faisait de la pauvreté des stylites, des brouteurs  et autres “saints” enfouis dans des trous ou enfermés dans des arbres creux,   les leviers de    la quête de Dieu,  un pape, Léon X, entreprit au début du XVI° siècle de faire commerce des Indulgences. Or, comment un chrétien peut-il  imaginer qu’on ait le droit de faire commerce des âmes et d’acheter son salut? Et comment un tel marché ne ferait-il pas l’avantage des puissants et des possédants? Le message scandalisé de Luther, en 1517, fut donc clair et sans appel.   L’argent est une plaie. Il aliène l’homme et déshumanise le monde, et il le fait en introduisant par le commerce une inégalité, et   une injustice touchant les conditions d’accès au salut. Ce sera donc bien dans l’image d’une Église attachée aux vanités matérielles  que le protestantisme naissant  tirera sa force et pèsera si fortement, non seulement sur l’histoire du christianisme moderne, mais sur l’histoire politique de l’Europe. Car en affirmant qu’il n’y a pas de société sans communauté et qu’il n’y a pas de communauté là où les hommes ne donnent que pour recevoir, Luther  définit la société  comme la réciprocité du don (agape), jetant ainsi les fondements   religieux, du reste le plus souvent ignorés des historiens,  d’une doctrine politique selon laquelle  l’argent et le profit rendent la société tout simplement impossible. Cette doctrine, chacun le sait, est celle du socialisme dont les théoriciens, en France, accuseront  l’Église catholique  d’avoir  trahi l’esprit du christianisme et se donneront pour objectif de régénérer et réhabiliter ce dernier.

La démarche du pape François revêt donc une signification très forte. Si elle n’est en aucun cas comparable à celle d’un Quinet ou d’un Jaurès  convaincus de la nécessité de combattre le catholicisme pour sauver le christianisme, elle se fonde sans doute dans la conviction selon laquelle, dans le contexte de l’effondrement du catholicisme en Europe, l’Église se doit plus que jamais d’affirmer sa vocation solidariste et caritative. Il en va de son image mais il en va aussi de son avenir comme de celui des valeurs humanistes dont l’histoire du christianisme a rendu possible la diffusion dans le monde profane.

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