Une histoire du point en mer

André Gillet, Une histoire du point en mer, éditions Bélin, collection “Regards sur la science”, 2000.

Claude Obadia. Paru dans Fêtes et Voiles, mensuel du Groupe Croisières Interclubs

L’été approchant, il n’est pas rare que nos projets de croisière se précisent, tout comme nos bonnes résolutions. Pour certains, la soif d’apprendre n’ayant d’égale que la volonté de comprendre, quelques lectures pourront sembler opportunes avant même de mettre sac à bord. Et en effet, l’expérience montre qu’il est souvent bon d’avoir quelques notions théoriques pour mieux passer à la pratique. C’est pourquoi on ne saurait trop vous conseiller le riche petit livre d’André Gillet consacré à l’Histoire du point en mer. Saviez-vous, par exemple, qu’au XVII° siècle, alors que les Européens sillonnent les océans depuis bien longtemps, ils ne savent pas établir leur longitude de façon satisfaisante? Qu’ils déterminent leur latitude avec des instruments délicats à manier, en disposant de cartes marines parfois fantaisistes? Ce sont donc les différentes méthodes utilisées par le passé pour se situer en mer, ainsi que les différentes étapes de leur perfectionnement, que présente ici l’auteur qui, consacrant logiquement un premier chapitre aux techniques de l’estime, aborde ensuite la navigation astronomique en évoquant l’astrolable, l’arbalète et autre anneau astronomique avant de présenter le sextant dont l’invention remonte au XVIII° siècle.

L’un des intérêts principaux de cet ouvrage est, en outre, en retraçant la génalogie des techniques empiriques du positionnement en mer, de montrer ce que telle ou telle technique a pu devoir ou apporter à telle ou telle autre. Car si les astronomes ont eu besoin des horlogers pour mesurer le temps pendant leurs observations, les horlogers ne pouvaient guère se passer des astronomes pour contrôler la marche de leurs montres, marche dont la précision est celle-là même qui permit, toujours au XVIII° siècle, de résoudre le problème de la détermination des longitudes. Restait évidemment, avant même cette dernière époque, à inventer une technique de représentation de l’espace maritime, qui puisse être utilisée par les marins. Cette innovation technique, qui fut déterminante, est envisagée dans ce livre de façon très didactique. Car les récits de Marco Polo n’ont pas encore cette pertinence scientifique qui sera attachée à l’invention du mathématicien et géographe flamand Gerhard Kremer, plus connu sous le nom de Mercator(1512-1594) et auquel l’auteur accorde un paragraphe aussi concis et clair qu’instructif.

Si l’on ajoute à ce qui précède la qualité de la documentation utilisée par André Gillet et l’érudition qui lui permet ici de nous renvoyer à des textes peu accessibles pour le néophyte, on aura déjà pris la mesure de l’intérêt majeur que représentera probablement, pour le marin curieux de l’histoire des techniques, ce petit livre.

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