Crise de la finance, crise de la société

Par Laurent Chaffard

La finance a pris le pouvoir dans le monde actuel. Deux chiffres le prouvent de façon éclatante.

La finance représente près de 96% des transactions interbancaires

L’économie dite « réelle » ne représente plus que 4% de ces transactions ; elle est, de fait, marginalisée.

De plus, les gens et les Etats sont liés à un territoire. Ce n’est plus le cas du capital qui peut se déplacer partout dans le monde à la vitesse de la lumière. En effet, la libéralisation des marchés engagée au début des années 1970, avec une accélération à partir des années 1980, fait que les mouvements de capitaux ne sont plus sous contrôle démocratique.

Le capital est donc en capacité d’exiger, partout dans le monde, des rendements qui n’ont plus aucun sens, ni du point de vue économique, ni social, ni environnemental. Dans le partage des gains de productivité, en particulier, il ne laisse plus rien aux autres acteurs. Du fait de sa position hégémonique, il se comporte en prédateur.

C’est pour cela que le monde va aujourd’hui de crise en crise.

C’est pour cela que les modèles sociaux sont partout détricotés.

C’est pour cela que les questions fondamentales qui se posent à l’humanité aujourd’hui, préservation de l’environnement et réduction des inégalités principalement, ne pourront pas être traitées tant que la question de la finance ne sera pas tranchée.

Nous devons trancher ce noeud gordien.

La finance doit retrouver une place subordonnée dans le monde. Elle doit redevenir ce qu’elle a été, en partie et imparfaitement, pendant les « 30 glorieuses », à savoir un outil au service de l’économie, l’économie devant elle-même être au service de la société et de l’environnement. Un moyen et non une fin.

Or, et c’est une bonne nouvelle, les réponses à apporter sont de mieux en mieux connues. Des mesures techniques de nature à améliorer fondamentalement la situation peuvent être déployées. Il s’agit d’éclairer l’opinion publique, de lui ouvrir les yeux et lui faire comprendre dans quelle direction nous devons aller. Il s’agit aujourd’hui de créer un rapport de force et de préparer la prochaine crise. En effet il est très probable que les conséquences de la crise des subprimes ne seront qu’imparfaitement tirées (c’est une litote) et qu’une ou plusieurs nouvelles bulles spéculatives se forment déjà. D’ici là il nous appartient de prendre culturellement le pouvoir au niveau des idées. En démocratie, et nous sommes encore en démocratie malgré tout, le peuple peut à tout moment, s’il se mobilise, reprendre le pouvoir. Il appartient aux véritables élites de l’éclairer. Alain disait : « l’homme véritable se secoue et fait l’avenir ». Secouons-nous donc car c’est cela ou la barbarie. Ceci est un appel au travail et à l’engagement.

Laurent Chaffard

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