Platon: Le temps est l’image mobile de l’éternité

Dans ses Confessions, au livre XI, saint Augustin souligne que le temps est de ces choses étranges que chacun croit connaître tant qu’on ne le lui demande pas mais que nous ne savons plus sitôt qu’on nous le demande. Et il est vrai que nous avons là affaire à quelque chose de très sensible mais pourtant intangible, de très réel mais pourtant insaisissable.

Le temps serait la marque de notre finitude, tant il est vrai que toute chose naît et meurt dans le temps. Temps de la genèse, temps de la croissance, temps de la vieillesse, temps de la mort. Temps de la vie donc, qui viendrait du néant et y retournerait tout aussi prestement.

Cette approche du temps est bien sûr tout à fait justifiée. Tandis que dans l’éternité il n’y a ni commencement ni fin, ce qui existe dans le temps serait soumis à une inévitable corruption. Si l’éternité serait celle de la vie, le temps serait ainsi celui de la mort. Comment mieux dire, d’une part, que le temps est ce qui s’oppose à l’éternité, et d’autre part qu’il reflète et exprime le néant ?

Or, la formule de Platon est ici tout à fait intéressante.

Le temps, écrit-il, est l’image mobile de l’éternité. Pourquoi ? En quel sens ? Pour le comprendre, il nous faut rappeler deux choses. La première, c’est que l’éternité est ce dans quoi rien ne cesse, c’est ce qui ne cesse pas. Or, qu’est-ce que le temps ? Ce dans quoi, à l’inverse, tout finit par disparaître, ce qui voue toute chose à l’anéantissement. Certes. Mais qu’est-ce que le temps sinon, de fait, ce qui ne cesse de cesser ? Donc, ce qu’on pourrait appeler ici une « incessante cessation ». Le temps passe, il ne cesse pas de cesser et dans la perpétuité de cette cessation, il y a, veut nous montrer Platon, une image de ce qu’est l’éternité, en ce que cette dernière est précisément ce dans quoi rien ne cesse.

Bien sûr, on ne peut confondre le temps et l’éternité, les considérer comme deux réalités égales. Mais justement, c’est pour cette raison que le temps n’est que l’image « mobile » de l’éternité.

De sorte que Platon, ici, nous montre deux choses fort instructives. Il nous montre d’abord que le temps ne s’oppose pas à l’éternité, et que la vie elle-même n’est donc pas le contraire de la mort.

Mais il nous dit autre chose. C’est que le temps de la mort ne condamne pas notre existence au néant. Le temps est certes la marque de notre finitude, mais cette finitude nous ouvre elle-même à l’infini, à l’éternité, en nous offrant la possibilité de ressaisir notre condition temporelle, non plus seulement comme surgissement du néant, mais comme production et manifestation de l’infini en acte.

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