La querelle des IUFM

Paru le 30 juin 2008

Faut-il oui ou non  supprimer  les  Instituts   Universitaires de Formation des Maîtres ?
Ces  derniers  forment-ils  efficacement  nos  futurs  enseignants ?  Autant  de  questions
débattues depuis longtemps et qui divisent tout autant les théoriciens du système éducatif que
ses praticiens. Or, en déclarant vouloir  porter à Bac +5 le recrutement des professeurs, n’est-
ce pas cette querelle des  IUFM que  le Président de  la République vient de  raviver ? Car en
élevant  au  niveau  du  Master  la  formation  initiale  des  professeurs,  le  projet  présidentiel
consiste  in  fine  à  rendre  à  l’Université  ce  que  ces  instituts  lui   contestaient,  à  savoir  le
monopole de  la formation des professeurs. De fait, c’est bien  la vocation et, par conséquent,
l’existence même des  IUFM qui par-là sont remises en cause.   Quel parti adopter dans cette
affaire?  Telle est la question que nous aborderons ici à partir d’une anecdote.
Imaginez un  jeune professeur de philosophie postulant sur un poste en  IUFM. Après
avoir constitué un dossier motivé et passé une première sélection, le voici convoqué et invité à
présenter,  face  à  une  commission,  sa  conception  de  l’enseignement.  Au  lieu  d’un  exposé
théorique, il présente un cours, non pas de philosophie mais de voile,  centré sur la manœuvre
de  la  réduction de voilure sur un croiseur. La commission est enchantée.  Il est donc recruté.
Comment une telle chose est-elle possible ? Quelle idée de l’École, quelle idée du professeur
et de  l’acte pédagogique, peuvent expliquer qu’on puisse  trouver pertinent qu’un professeur
de philosophie soit   évalué à  travers une séquence d’enseignement consacrée à  la voile ?  À
l’évidence, l’anecdote, authentique, que nous rapportons manifeste une conception singulière
de  l’enseignement. Quelle que soit  la discipline,  la forme de  l’acte pédagogique demeurerait
identique. On enseignerait donc de la même façon la physique et le grec ancien, la philosophie
et le sport. Or, cette conception de la pédagogie n’est pas anodine. Elle procède, dans l’accent
mis  sur  la modalité  de  l’action  d’enseigner,  d’une  idée  qui  a  fait  son  chemin  quand  notre
système éducatif     a entrepris de se démocratiser. La  réussite du plus grand nombre s’étant,
dans ces conditions sociologiques nouvelles, avérée problématique, s’est fait jour  l’idée qu’il
fallait revoir et adapter les pratiques pédagogiques. Alors que jusque-là on avait eu tendance à
considérer  que  le  bon  historien  fait  le  bon  professeur  d’histoire,  on  se mit  à  penser  que  sa
compétence était suspendue à des techniques     censées lui permettre de s’adapter aux élèves
qui,  par  leurs  difficultés  grandissantes,    lançaient    un  nouveau  défi  non  seulement  à
l’Institution mais à la société tout entière ayant proclamé leur droit à la réussite scolaire. Aussi
ne faut-il pas oublier  que les IUFM, créés dans le cadre de la Loi d’Orientation de 1989, ont
fondé  l’objectif  de  la  professionnalisation  du  métier  d’enseignant    sur  la  nécessité
d’accommoder  les  pratiques  scolaires  aux  difficultés  des  élèves  cumulant  des  handicaps
sociaux. Est-il dès lors étonnant que la « nouvelle pédagogie », pour placer « l’élève au cœur
du système   éducatif », ait dû pour cela assigner  le savoir à sa marge et dénigrer  les maîtres,
c’est-à-dire  ceux  qui  maîtrisent  la  discipline  qu’ils  enseignent ?  Les  IUFM  doivent-ils
disparaître  purement  et  simplement ?  Pas  sûr,  mais  à  une  condition.  Qu’ils  forment  des
maîtres  et  non  des  animateurs,  et  qu’ils  réinscrivent  le  savoir  libérateur  à  l’horizon  de  la
politique éducative.

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